Contenues, puis oubliées: Pourquoi les zoonoses reviennent plus meurtrières en Afrique – Opinion

L’Afrique parvient régulièrement à maîtriser certaines maladies zoonotiques, avant de les voir réapparaître avec des conséquences parfois plus graves. En République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola de 2026 est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays. Le virus Marburg a frappé à plusieurs reprises dans la région frontalière entre le Rwanda et la Tanzanie, tandis que les cas de mpox ont fortement augmenté au Kenya quelques mois après la levée de l’urgence sanitaire continentale liée à cette maladie.

Ces événements soulèvent une question essentielle: pourquoi les mêmes maladies reviennent-elles malgré les systèmes de surveillance, les protocoles d’intervention et les dispositifs de santé intégrée censés prévenir de nouvelles épidémies? Et qu’est-il advenu des leçons tirées des crises précédentes?

Le scénario est devenu familier. Une épidémie éclate, les autorités déclarent l’urgence, les partenaires internationaux mobilisent des ressources et les équipes sanitaires interviennent. Lorsque le nombre de cas diminue, l’épidémie est déclarée maîtrisée. Des rapports sont publiés et des recommandations formulées. Pourtant, quelques mois ou quelques années plus tard, la maladie réapparaît dans la même région.

Le problème ne réside pas nécessairement dans l’absence de connaissances scientifiques, mais dans la difficulté à maintenir les moyens humains, financiers et techniques indispensables entre deux crises.

Ebola en RDC: des leçons insuffisamment appliquées

La République démocratique du Congo illustre cette fragilité. Après l’épidémie de 2018-2020, maîtrisée grâce à la vaccination, au traçage des contacts et à la mobilisation communautaire, des enseignements importants avaient été tirés pour les régions difficiles d’accès, notamment l’Ituri et le Nord-Kivu.

En 2025, un modèle d’évaluation des risques fondé sur la déforestation, les déplacements de population et les données climatiques, avait même identifié l’Ituri comme une zone susceptible de connaître une nouvelle émergence virale.

Pourtant, une nouvelle épidémie d’Ebola, provoquée par la souche Bundibugyo, a été déclarée à la mi-mai 2026. Début septembre, le pays comptait plus de 6 600 cas confirmés et plus de 3 200 décès. L’épidémie avait dépassé celle de 2018-2020 et s’était propagée dans six provinces ainsi qu’en Ouganda, avant d’être maîtrisée.

Dans une correspondance publiée dans The Lancet en août 2026, des chercheurs ont souligné les insuffisances de l’approche ‘Une seule santé’ (One Health) dans le corridor RDC-Ouganda.

Les dispositifs de traçage des contacts, les équipes communautaires et la coordination transfrontalière, pourtant essentiels lors des précédentes interventions, n’auraient pas été maintenus à un niveau suffisant durant les années séparant les deux épidémies.

Marburg et mpox: la répétition des mêmes erreurs

La région de Kagera, aux confins du Rwanda, de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Burundi, a connu trois flambées de Marburg en trois ans.

Après une première épidémie en Tanzanie en mars 2023, le Rwanda a enregistré sa toute première flambée en septembre 2024, déclarée terminée en décembre de la même année, elle avait fait 66 cas et 15 décès, principalement parmi les professionnels de santé.

En janvier 2025, le virus est réapparu dans le district de Biharamulo en Tanzanie. Le séquençage génétique a ensuite révélé que les épisodes étaient étroitement liés, dans une région où les interactions entre les chauves-souris, les animaux et les populations humaines favorisent les risques de transmission.

Chaque flambée a été maîtrisée, sans empêcher une nouvelle réapparition à proximité.

Au Kenya, la mpox présente une dynamique comparable. L’épidémie a commencé en juillet 2024 et s’est d’abord concentrée le long de l’axe routier reliant Mombasa à Malaba.

En janvier 2026, Africa CDC a levé le statut d’urgence sanitaire publique continentale lié à la mpox, après une baisse de 60 % des cas confirmés et une diminution du taux de létalité, passé de 2,6 % à 0,6 %. Plus de cinq millions de doses de vaccin avaient été administrées dans seize pays.

Les autorités sanitaires avaient toutefois averti que la maladie restait endémique, et qu’une vigilance constante ainsi que des investissements durables demeuraient nécessaires.

En septembre 2026, le Kenya enregistrait pourtant 1 298 cas confirmés et 19 décès dans 40 de ses 47 comtés. L’épidémie avait gagné les grandes villes de Mombasa et de Nairobi.

Cette résurgence souligne les limites d’une stratégie qui réduit l’effort sanitaire dès que l’urgence semble terminée.

Le Rwanda montre l’importance de la préparation

La réponse du Rwanda à la fièvre de la vallée du Rift (RVF) en juin 2026, offre un exemple encourageant. Le pays avait déjà connu des flambées en 2018, 2022, 2024 et 2025.

Lorsqu’un cas suspect a été détecté dans le secteur de Gatore, dans le district de Kirehe, les autorités sanitaires et vétérinaires ont rapidement réagi. Elles ont mis du bétail en quarantaine, vacciné plus de 100 000 animaux, mené des opérations contre les moustiques vecteurs du virus et mobilisé les responsables locaux, ainsi que les agents de santé communautaire pour sensibiliser les ménages concernés.

Cette réponse montre l’intérêt de conserver les capacités développées après les crises précédentes. La surveillance, la coordination entre les services de santé humaine et animale et la mobilisation communautaire, doivent rester opérationnelles même lorsque les projecteurs se détournent de l’épidémie.

L’approche ‘Une seule santé’ repose sur une idée fondamentale: la santé humaine, la santé animale et l’environnement sont étroitement liés. Pourtant, sa mise en œuvre reste insuffisante dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne.

En 2022, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), ont adopté un plan d’action commun visant à renforcer cette approche. Mais les engagements officiels ne suffisent pas si les systèmes de surveillance restent fragmentés, et si les administrations échangent peu leurs données.

Quatre priorités se dégagent

La première consiste à renforcer la surveillance écologique dans les zones où les activités humaines, les forêts et les animaux sauvages se rencontrent. Les données satellitaires, les informations sanitaires animales et les signalements communautaires pourraient permettre de détecter les risques, avant l’apparition des premiers cas humains.

La deuxième priorité est de développer les laboratoires locaux afin de réduire les délais de diagnostic. La troisième consiste à améliorer la coopération transfrontalière, notamment entre la RDC et l’Ouganda, car les virus ne respectent pas les frontières administratives.

Enfin, les réseaux d’agents de santé communautaire doivent bénéficier de financements réguliers et de personnel rémunéré. Leur rôle ne se limite pas à transmettre des consignes pendant une crise: ils construisent, au fil des années, la confiance nécessaire pour que les populations signalent rapidement les symptômes et adoptent les mesures de prévention.

La communication sur les risques doit également être permanente. Lorsqu’elle intervient trop tard, les rumeurs, la peur et la stigmatisation peuvent se propager avant même que les messages officiels n’atteignent les communautés. La radio, la télévision et les plateformes numériques sont plus efficaces lorsqu’elles s’appuient sur des relais locaux crédibles.

Les épidémies de 2026 rappellent ainsi qu’une maladie maîtrisée n’est pas nécessairement un risque éliminé. Les vaccins, les protocoles et les connaissances scientifiques sont indispensables, mais leur efficacité dépend aussi du maintien des capacités de prévention.

Tant que la surveillance écologique, les laboratoires, la coopération transfrontalière et les réseaux communautaires seront considérés comme de simples mesures d’urgence, plutôt que comme des infrastructures essentielles de santé publique, les mêmes crises risquent de se reproduire.

Pour maîtriser une épidémie, la véritable réussite consiste à maintenir les moyens de la prévenir, même lorsque l’urgence est terminée.

Voici le lien de la recherche

https://www.researchgate.net/publication/414172204_Contained_then_Forgotten_Why_Africa’s_Zoonotic_Diseases_Keep_Coming_Back_Deadlier-An_opinion_article

 Jean Claude Habimana 

Science Communications Expert

                                                                                                                                                  

 

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