Le parquet britannique, a décidé de poursuivre en justice le Rwandais Dr Vincent Bajinya, qui a changé de nom pour devenir Vincent Brown. Il est soupçonné d’avoir commis des crimes liés au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
Il est le premier parmi plusieurs Rwandais vivant au Royaume-Uni et soupçonnés de crimes liés au genocide, à faire l’objet de poursuites devant la justice britannique.
Bajinya fait partie des cinq Rwandais vivant au Royaume-Uni qui sont recherchés par la justice rwandaise, pour leur rôle présumé dans le génocide.
Cette décision est historique, puisqu’il s’agit de la première fois que le parquet britannique engage des poursuites pour des crimes liés au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
Le président d’IBUKA, Dr Philbert Gakwenzire, affirme que Bajinya, comme certains de ses compagnons, aurait joué un rôle dans le génocide avant de fuir vers plusieurs pays africains, notamment le Kenya. Ils ont ensuite rejoint le Royaume-Uni, où ils auraient obtenu des documents leur permettant de bénéficier du statut de réfugié, puis la nationalité britannique.
Les quatre autres personnes citées sont Emmanuel Nteziryayo, ancien bourgmestre de la commune de Mudasomwa, Charles Munyaneza, ancien bourgmestre de Kinyamakara ; Célestin Ugirashebuja, ancien bourgmestre de Kigoma ; et Célestin Mutabaruka, qui dirigeait le projet Crête Zaïre-Nil à Gikongoro.
IBUKA salue une avancée judiciaire malgré un long retard
Pour Dr Gakwenzire, l’arrestation de Bajinya constitue une avancée importante dans la quête de justice, même s’il estime que la procédure a pris beaucoup trop de temps au Royaume-Uni.
“Bajinya aurait dû être arrêté depuis longtemps. Un pays comme le Royaume-Uni, qui affirme être attaché aux droits humains et à la justice, n’aurait pas dû attendre aussi longtemps pour agir. Mais, d’un autre côté, c’est une source d’espoir qu’il ait finalement été arrêté et qu’il comparaisse devant la justice”, a-t-il déclaré.
“Nous espérons que la manière dont cette justice sera rendue servira d’exemple et permettra d’accélérer les autres procédures, afin que les personnes ayant participé au génocide perpétré contre les Tutsi soient elles aussi jugées”, ajoute-t-il.
Dr Gakwenzire précise que la principale attente d’IBUKA est que Bajinya soit effectivement poursuivi et, s’il est reconnu coupable, sanctionné à la hauteur des crimes qui lui sont reprochés.
Dr Vincent Bajinya est né le 28 février 1961 dans le secteur de Kigombe, dans l’ancienne commune de Karago, préfecture de Gisenyi. Cette localité correspond aujourd’hui au village de Mwiyanike, cellule de Kadahenda, secteur de Karago, dans le district de Nyabihu.
Il était issu d’une famille ayant des liens avec certains responsables du régime du président Juvénal Habyarimana.
Bénéficiant de possibilités d’études supérieures, il a poursuivi une formation universitaire et travaillé dans plusieurs institutions, notamment à l’hôpital King Faisal et à l’ONAPO.
Les crimes liés au génocide qui lui sont reprochés auraient notamment été commis à Kigali, où il résidait dans l’ancienne commune de Rugenge, aujourd’hui le district de Nyarugenge, ainsi que dans les environs de la capitale.
Selon Dr Gakwenzire, Bajinya aurait joué un rôle actif dans les violences.
“Bajinya était un responsable des tueries. Il aurait mis en place des barrières, donné des instructions pour tuer des Tutsi et, à certains moments, aurait ordonné que certaines personnes ne soient pas laissées en vie. Cela ressort de témoignages recueillis depuis 2006, qui montrent qu’il aurait joué un rôle actif dans le génocide perpétré contre les Tutsi”, affirme-t-il.
Le président d’IBUKA estime que le procès de Bajinya pourrait également constituer un signal pour les autres personnes soupçonnées de crimes liés au génocide et vivant à l’étranger.
Selon lui, le fait qu’un suspect soit poursuivi au Royaume-Uni montre que les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide, même lorsqu’elles ont fui vers des pays éloignés, peuvent toujours être rattrapées par la justice.
Dr Vincent Bajinya doit comparaître devant le tribunal de Westminster ce mardi 22 septembre 2026.
Jean Claude Munyantore

