Le Rwanda rend hommage à Dafroza Gauthier, une vie contre l’impunité du génocide

Repose en paix, Dafroza Gauthier

Le Gouvernement rwandais a rendu hommage à Dafroza Mukarumongi Gauthier, saluant son engagement exceptionnel dans la lutte pour que les auteurs du génocide des Tutsi soient traduits en justice, notamment ceux qui s’étaient réfugiés en France.

Dans un communiqué, le Gouvernement rwandais souligne que “son engagement dans la recherche de preuves et dans la traduction en justice, des personnes impliquées dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, lui a valu la Médaille de l’amitié; Igihango en 2017”.

“Sa détermination et sa persévérance à préserver la mémoire, à défendre la vérité et la justice constituent un héritage inoubliable qu’elle nous laisse”, ajoute le communiqué.

Le Gouvernement rwandais a également présenté ses condoléances à son époux, Alain Gauthier, qui l’a accompagné dans ce combat, ainsi qu’à sa famille, à ses proches et à toutes les personnes pour qui son engagement constitue un exemple.

Dafroza Gauthier est décédée samedi 3 octobre 2026. Avec son époux Alain Gauthier, elle avait fondé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une organisation qui a recueilli des preuves et des témoignages ayant servi à poursuivre en justice, des personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide et vivant en France.

Leur engagement leur a valu, le 18 novembre 2017, la Médaille d’Igihango, décernée par le Président Paul Kagame à des personnes ayant accompli des actions remarquables, pour promouvoir l’amitié et la coopération entre le Rwanda et d’autres pays, ainsi que pour renforcer l’image du Rwanda et des Rwandais à l’étranger.

Dafroza Gauthier, qui vivait en France, était née à Butare en 1954, dans l’actuel district de Huye. Elle avait rencontré Alain Gauthier alors que celui-ci enseignait au Rwanda. Ils se sont ensuite mariés et installés en France, où ils se trouvaient au moment du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Parmi les activités menées par Dafroza et Alain Gauthier, figuraient la recherche de personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide et vivant en France, des déplacements au Rwanda pour recueillir des preuves sur les lieux des crimes, des échanges avec des rescapés du génocide ainsi qu’avec des personnes détenues pour des crimes liés au génocide, et la constitution de dossiers transmis à la justice.

Dafroza Gauthier a également joué un rôle important dans la traduction en français de documents en Kinyarwanda, utilisés dans les procédures judiciaires. Sa connaissance du Rwanda, de sa langue et de son histoire a été particulièrement utile pour recueillir et interpréter les éléments de preuve.

Le CPCR a par ailleurs suivi de nombreux procès impliquant d’anciens responsables politiques, universitaires, professionnels de santé et autres personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide. L’organisation a notamment contribué à la mise à disposition d’avocats représentant les parties civiles et a travaillé en étroite collaboration avec le parquet français et d’autres autorités judiciaires européennes, jusqu’à l’aboutissement des procédures.

Un engagement pour la mémoire et contre le négationnisme

Un autre volet important de leur engagement consistait à se rendre dans des établissements secondaires et des universités, pour sensibiliser les jeunes à l’histoire du génocide des Tutsi. Ils ont ainsi contribué à préserver la mémoire du génocide et à lutter contre le négationnisme et la minimisation de son histoire.

Le président d’Ibuka, organisation qui défend les intérêts des rescapés du génocide, Dr Philbert Gakwenzire, a également salué le rôle joué par Dafroza Gauthier dans la recherche et la poursuite des personnes impliquées dans le génocide perpétré contre les Tutsi.

“Elle a joué un rôle majeur pour identifier les personnes impliquées dans le génocide qui s’étaient cachées, en se rapprochant des autorités judiciaires rwandaises et françaises et en venant au Rwanda pour voir les lieux où les massacres avaient été commis. Elle s’est également rapprochée des témoins, a contribué à recueillir leurs témoignages et à les traduire en français, puisque les procès devaient se tenir en France”, a-t-il déclaré.

Dafroza et Alain Gauthier

Selon Dr Gakwenzire, ces efforts ont largement contribué à faire connaître en France et dans le monde entier, la réalité du génocide perpétré au Rwanda et la nécessité de mettre fin à l’impunité.

“Aujourd’hui, alors qu’elle nous a quittés, nous lui en sommes profondément reconnaissants, et nous exprimons également notre gratitude à sa famille”, a-t-il ajouté.

Dr Gakwenzire estime également que l’une des principales leçons à tirer du courage de la défunte, est que chacun devrait être profondément affecté par le génocide des Tutsi.

“Elle-même en a subi de lourdes conséquences dès la période des persécutions contre les Tutsi. Elle a pourtant compris qu’il ne fallait pas céder au découragement ni se laisser submerger par la douleur, mais faire preuve de resilience”, a-t-il expliqué.

Il ajoute que les actions menées par Dafroza Gauthier, constituent une illustration concrète de cette résilience.

 Jean Claude Munyantore

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