REMAPSEN: Créer un pont entre l’information sanitaire, environnementale et les communautés africaines

Lorsqu’une maladie commence à se propager, qu’une source d’eau est contaminée ou qu’un changement environnemental commence à affecter les communautés, la réponse ne dépend pas uniquement des scientifiques, des professionnels de santé et des décideurs politiques. Les populations ont également besoin d’informations qu’elles peuvent comprendre et auxquelles elles peuvent faire confiance.

Pour les journalistes, cela signifie notamment expliquer des données scientifiques complexes, lutter contre la désinformation et montrer comment des sujets qui peuvent sembler distincts au premier abord des maladies et de l’assainissement à la pollution, au climat et à la biodiversité, peuvent être étroitement liés.

C’est dans cet espace que le Réseau Africain des Médias pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement, connu sous son acronyme français REMAPSEN, s’efforce de renforcer le rôle des médias à travers le continent.

Le réseau a été créé le 13 juin 2020, en pleine pandémie de COVID-19, à un moment où la communication était devenue un élément essentiel de la réponse de santé publique. Sa création a réuni 28 journalistes issus de 17 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre ainsi que de Madagascar.

REMAPSEN est issu de l’ancien Réseau africain des médias pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, REMASTP. Le réseau a élargi son champ d’action alors que la pandémie mettait en évidence la nécessité de renforcer la communication sur les questions de santé, tout en attirant davantage l’attention sur les conditions environnementales susceptibles, d’influencer le bien-être des populations.

Quand la santé rencontre l’environnement

Le mandat de REMAPSEN couvre à la fois les questions de santé et celles liées à l’environnement, reflétant les liens de plus en plus étroits entre ces deux domaines.

L’insécurité de l’eau et les mauvaises conditions d’assainissement peuvent favoriser la transmission de maladies. Les changements dans les écosystèmes peuvent affecter les systèmes alimentaires et les vecteurs de maladies. La pollution peut exposer les populations et d’autres organismes vivants à des substances nocives, tandis que les changements liés au climat peuvent modifier les conditions dans lesquelles certains risques sanitaires apparaissent.

Pour les journalistes, couvrir ces questions peut nécessiter bien davantage que de rapporter les annonces des institutions. Il faut notamment comprendre les résultats scientifiques, vérifier les affirmations, expliquer les incertitudes et traduire les informations techniques dans un langage accessible et utile aux communautés.

REMAPSEN indique que sa mission consiste notamment à renforcer les capacités des journalistes et des professionnels des médias, à soutenir les activités de sensibilisation et à créer des espaces d’échange d’informations sur les questions de santé et d’environnement.

Le réseau s’appuie également sur des partenariats, des forums, des ateliers, des webinaires et des productions médiatiques pour mettre en relation les journalistes avec les experts et les organisations qui travaillent sur ces enjeux.

D’une réponse à la pandémie à un réseau médiatique panafricain

Depuis sa création, REMAPSEN a élargi ses activités au-delà des préoccupations immédiates liées à la COVID-19.

Son travail porte notamment sur le VIH/sida, la santé de l’enfant, la vaccination et la nutrition, les violences basées sur le genre et les maladies tropicales négligées, tout en intégrant les préoccupations environnementales.

En 2025, par exemple, le réseau a organisé un forum consacré aux maladies tropicales négligées, au cours duquel ont notamment été abordées les questions d’assainissement, d’hygiène, de lutte contre les vecteurs, d’accès à l’eau potable, de surveillance épidémiologique et d’éducation communautaire. Ces discussions illustrent les liens entre les conditions sanitaires et environnementales.

Le réseau s’est également intéressé de plus en plus au problème de la désinformation, notamment à mesure que les informations sanitaires et environnementales circulent rapidement sur les plateformes numériques.

Cette situation impose de nouvelles exigences aux journalistes, qui doivent souvent distinguer les données scientifiques des affirmations non étayées, tout en communiquant sur les risques sans les exagérer.

A la tête de REMAPSEN se trouve le journaliste ivoirien Bamba Youssouf, réélu président du réseau en novembre 2025. Les activités récentes du réseau continuent de mettre l’accent sur le renforcement des contenus médiatiques, la formation des journalistes et la collaboration autour des enjeux sanitaires et environnementaux.

En juillet 2025, lors de l’annonce d’un partenariat entre REMAPSEN et Galien Africa, Bamba Youssouf avait indiqué que les deux organisations souhaitaient promouvoir la santé et l’environnement à travers le partage d’expériences et la production de contenus médiatiques à impact, tout en renforçant les capacités des journalistes et en soutenant la recherche et l’innovation.

Il avait également appelé à une meilleure intégration de la communication médiatique, dans la mise en œuvre des programmes de santé et d’environnement aux niveaux national, régional et international.

Le partenariat avec Galien Africa, signé à Dakar, prévoit notamment des activités conjointes de sensibilisation et de plaidoyer, des productions médiatiques, la couverture de grands événements scientifiques ainsi que des programmes de renforcement des capacités destinés aux journalistes.

Un réseau continental en pleine expansion

L’ampleur de REMAPSEN a considérablement évolué depuis sa création.

Fin 2025, le réseau comptait plus de 800 médias représentés dans 43 pays africains. Une autre source faisait état de plus de 817 médias dans ces mêmes 43 pays.

Le réseau réunit désormais des professionnels des médias de plus de 43 pays africains, dont le Rwanda, offrant ainsi une plateforme continentale aux journalistes qui couvrent les questions de santé et d’environnement.

Sur un continent caractérisé par la diversité de ses langues, de ses systèmes de santé, de ses écosystèmes et de ses réalités sociales, un tel réseau peut permettre aux journalistes d’échanger leurs expériences et leurs approches, tout en adaptant l’information aux réalités de leurs communautés.

Bamba Youssouf

La vision affichée de REMAPSEN est de faire en sorte que les populations africaines aient accès à des informations fiables sur les questions de santé et d’environnement. Ses activités comprennent notamment la formation des journalistes, la sensibilisation du public, le suivi des médias, l’organisation de conférences et d’ateliers ainsi que la collaboration avec des organisations nationales et internationales.

Ses premières publications présentaient déjà le réseau comme une initiative visant à réduire les lacunes dans les connaissances du public sur les questions de santé et d’environnement, en s’appuyant sur les médias traditionnels et modernes ainsi que sur des partenariats avec des institutions telles que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’ONUSIDA.

Rendre les risques complexes compréhensibles

Le défi du journalisme dans les domaines de la santé et de l’environnement, ne réside pas seulement dans la disponibilité de l’information.

Les informations scientifiques et techniques sont de plus en plus accessibles, mais elles peuvent être difficiles à interpréter pour le grand public, particulièrement lorsque des affirmations circulent rapidement en ligne.

Le rôle du journaliste va donc au-delà de celui de simple relais d’information. Il consiste notamment à vérifier l’origine des informations, à identifier les éléments de preuve qui les soutiennent, à préciser ce qui demeure incertain et à expliquer ce que les résultats signifient pour les populations confrontées à ces problèmes.

Pour REMAPSEN, renforcer ces capacités fait partie des efforts visant à permettre aux médias de contribuer plus efficacement à la santé publique et à la sensibilisation aux questions environnementales.

Le fait que le réseau s’intéresse simultanément à ces deux domains, reflète également une réalité: de nombreux risques ne se limitent pas à un seul secteur.

Une épidémie, un contaminant environnemental, une modification d’un écosystème ou un événement lié au climat peuvent, au départ, constituer des sujets distincts pour les spécialistes. Pour les communautés qui en subissent les conséquences, les frontières entre ces phénomènes peuvent toutefois être beaucoup moins nettes.

Les journalistes ont ainsi la responsabilité d’aider leurs publics à comprendre non seulement les risques sanitaires auxquels ils sont confrontés, mais aussi les conditions environnementales susceptibles de contribuer à ces risques.

Pour un réseau médiatique continental construit autour de la santé et de l’environnement, cette interconnexion reste au cœur de la mission de REMAPSEN.

Jean Claude Munyantore

Mots-clés
Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *