Des marais dégradés aux parcs écologiques: Le nouveau visage de Kigali

A Kigali la cspitale du Rwanda, les marais changent progressivement de visage. Longtemps considérées comme des zones essentiellement destinées à l’agriculture ou comme des espaces à préserver en raison de leur fragilité écologique, plusieurs zones humides de la capitale sont aujourd’hui au cœur d’un vaste programme de restauration.

L’objectif est double; renforcer la protection de la ville contre les inondations, tout en transformant certains de ces espaces en lieux de loisirs, d’éducation environnementale et d’écotourisme.

Cette nouvelle approche a déjà un exemple concret, Nyandungu Eco-Park. Ouvert au public en juillet 2022, le site est devenu une vitrine de ce que Kigali entend faire de ses marais. Mais derrière les promenades, les arbres et les étangs, le projet répond surtout à un problème devenu de plus en plus important dans une ville confrontée à une urbanisation rapide: comment conserver les fonctions naturelles des zones humides, tout en répondant aux besoins d’une population urbaine en croissance.

Nyandungu, d’un marais dégradé à un parc écologique

Entre les districts de Gasabo et de Kicukiro, le marais de Nyandungu a connu pendant des années une forte pression humaine. L’urbanisation, les activités économiques et les rejets d’eaux usées avaient contribué à sa dégradation et à la perte de biodiversité.

En 2016, l’Autorité rwandaise de gestion de l’environnement (REMA), a lancé un projet de restauration destiné notamment à réhabiliter l’écosystème, réduire les risques d’inondation et améliorer la qualité de l’eau.

Le projet, évalué à 4,5 milliards de francs rwandais, a notamment permis de restaurer environ 70 hectares de zones humides et 50 hectares de forêt. Quelque 17 000 arbres appartenant à 55 espèces indigènes ont été plantés. Le site comprend également cinq bassins de captage, trois bassins récréatifs, un jardin de plantes médicinales, un centre d’information, un restaurant ainsi qu’environ 10 kilomètres de sentiers pédestres et cyclables.

Nyandungu, pistes cyclables

Le changement est aussi visible sur le plan de la biodiversité. Selon les données du Rwanda Development Board (RDB), Nyandungu abrite plus de 62 espèces végétales locales et plus de 100 espèces d’oiseaux.

Lors de son ouverture, le parc avait été présenté par les autorités comme un modèle susceptible d’être reproduit dans d’autres zones humides de Kigali et d’ailleurs dans le pays.

Quatre ans plus tard, cette vision commence à prendre une dimension beaucoup plus importante.

En 2025, Nyandungu a accueilli 111 842 visiteurs, selon le document publié en 2026 par le RDB, dans le cadre de la recherche d’un partenaire chargé de la gestion à long terme du futur réseau de parcs de zones humides de Kigali.

Ce chiffre donne une première indication du potentiel touristique de ces espaces, un marais restauré peut simultanément remplir une fonction écologique, et devenir une destination de loisirs accessible au cœur d’une capitale.

Cinq autres marais entrent dans la transformation

L’expérience de Nyandungu est désormais appelée à être reproduite à une échelle beaucoup plus vaste.

Dans le cadre du Second Rwanda Urban Development Project (RUDP II) et du programme de contrôle des inondations et de gestion des bassins versants urbains de Kigali, cinq grands marais sont concernés par des travaux de rehabilitation, il s’agit de Nyabugogo, Kibumba, Rugenge-Rwintare, Rwampara et Gikondo.

Ensemble, ces cinq zones représentent environ 491 hectares, dont 131 hectares pour Nyabugogo, 68 pour Kibumba, 65 pour Rugenge-Rwintare, 65 pour Rwampara et 162 pour Gikondo.

Le projet prévoit également environ 61,5 kilomètres de sentiers pédestres et de pistes cyclables.

Mais il ne s’agit pas simplement de construire des chemins dans les marais. Le programme est conçu autour de la restauration des fonctions naturelles des zones humides, c’est à dire retenir une partie des eaux de pluie, réduire les pics de ruissellement, améliorer la qualité de l’eau, restaurer les habitats naturels et renforcer la biodiversité.

Sentiers pédestres autour des lacs aménagés

Le gouvernement envisage ces cinq zones comme un vaste réseau de parcs urbains de zones humides, combinant conservation, loisirs, recherche, éducation, culture et écotourisme.

Quand le marais devient une infrastructure contre les inondations

L’un des principaux enjeux derrière ces investissements est la transformation rapide de Kigali.

Avec l’expansion urbaine, les surfaces imperméabilisées comme les routes, bâtiments, parkings et autres infrastructures augmentent. Lorsqu’il pleut fortement, l’eau s’infiltre moins facilement dans le sol et ruisselle davantage vers les vallées et les zones basses.

Les marais jouent alors le rôle d’infrastructures naturelles. Ils peuvent retenir une partie de l’eau, ralentir son écoulement et contribuer à réduire la pression sur les infrastructures de drainage.

La Banque mondiale estime que près de 500 hectares de zones humides urbaines, sont actuellement restaurés à Kigali dans le cadre de cette approche. Selon son analyse publiée en janvier 2026, environ 220 500 personnes vivant dans des quartiers exposés aux inondations, devraient bénéficier directement de la réduction des risques et de l’amélioration de l’environnement.

La même analyse estime entre 45 et 90 millions de dollars,la valeur actualisée des dommages liés aux inondations qui pourraient être évités grâce au programme.

Autrement dit, les marais ne sont plus considérés uniquement comme des espaces naturels à protéger. Ils deviennent une composante de la stratégie de sécurité et de résilience de Kigali.

Une nouvelle économie autour des marais ?

Les autorités veulent que les espaces restaurés soient accessibles au public et puissent accueillir des activités récréatives, éducatives et touristiques. Le modèle de Nyandungu montre déjà cette possibilité : sentiers, espaces verts, jardins, restauration et activités d’interprétation de la nature, ont été intégrés dans un même espace.

La Banque mondiale estime que les cinq futurs parcs de zones humides pourraient contribuer à la création de milliers d’emplois dans la restauration écologique, le guidage, la recherche, l’entretien, l’organisation d’événements et les services récréatifs.

L’eau est retenue afin de réduire les inondations

Ses projections évoquent jusqu’à 7 500 emplois équivalents temps plein à l’horizon 2036, ainsi qu’un développement progressif de petites et moyennes entreprises liées aux activités des parcs.

A terme, Kigali pourrait ainsi disposer d’un réseau d’espaces verts, où les marais ne seraient plus perçus comme des zones marginales de la ville, mais comme des infrastructures essentielles à son avenir.

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Jean Claude Munyantore

 

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