Gicumbi: Ouverture d’un centre de 269 Millions pour protéger Rugezi et soutenir les communautés

Un centre communautaire construit pour un coût de 269 millions de francs rwandais a été inauguré dans le district de Gicumbi, dans le cadre des efforts visant à améliorer les conditions de vie des communautés vivant autour du marais de Rugezi, tout en renforçant la conservation de cette zone humide d’une grande importance écologique.

Situé dans le secteur de Miyove, le Rugezi Community Centre a été officiellement inauguré vendredi 18 Septembre 2026, par la Rwanda Wildlife Conservation Association (RWCA), en présence du gouverneur de la Province du Nord, Maurice Mugabowagahunde, en qualité d’invité d’honneur.

Le centre accueille deux coopératives de femmes, Miyove Sewing Women Cooperative et Dukunde Umurimo Twiteze Imbere Rugezi Cooperative, auxquelles il offre désormais un espace de travail permanent, ainsi qu’une salle pour exposer et vendre leurs produits.

Il comprend également un café où les voyageurs et les visiteurs peuvent faire une halte pour se restaurer, accéder aux installations sanitaires et acheter des produits fabriqués par les femmes des coopératives.

Le Dr Olivier Nsengimana, fondateur et directeur général de la RWCA, a expliqué que les actions de conservation menées par son organisation autour du marais de Rugezi, reposent notamment sur l’amélioration des conditions de vie des communautés riveraines.

“Nous avons compris que si nous voulons atteindre nos objectifs de conservation du marais de Rugezi et des grues couronnées, nous devons commencer par les populations”, a déclaré Nsengimana.

Selon lui, le centre communautaire vise à créer des opportunités économiques durables, tout en veillant à ce que les activités génératrices de revenus ne portent pas atteinte au marais ni à sa biodiversité.

Le centre soutient notamment les femmes actives dans la couture et le tissage. La RWCA prévoit d’élargir ces activités et de leur offrir davantage de formations ainsi que de possibilités d’accès aux marchés.

D’après Nsengimana, l’investissement de 269 millions de francs couvre la construction et l’équipement du centre. Des ressources supplémentaires ont également été consacrées à la formation des femmes pendant plus de six mois, à l’achat de machines à coudre et au financement d’autres activités liées au projet.

Dr Olivier Nsengimana, DG et fondateur de RWCA

Le centre s’inscrit dans un programme plus vaste de la RWCA, visant à associer la conservation du marais de Rugezi au développement des communautés qui vivent à ses alentours.

Nsengimana a indiqué que la RWCA emploie actuellement 116 personnes de manière permanente dans la région, prend en charge chaque année l’assurance maladie de près de 500 familles et crée environ 1 000 emplois temporaires par an, à travers différentes activités de conservation et de développement communautaire.

L’organisation a également collaboré avec les communautés et les institutions publiques, à l’aménagement de terrasses couvrant plus de 154 hectares autour du marais de Rugezi.

“Ces activités contribuent au développement des communautés tout en bénéficiant au marais de Rugezi, car elles réduisent la quantité de terre qui, autrement, serait entraînée vers la zone humide et en modifierait l’état”, a expliqué Nsengimana.

La RWCA mène également des programmes d’éducation environnementale, auxquels participent environ 570 enfants à travers des clubs de conservation. Elle organise aussi chaque année des activités de sensibilisation, notamment le tournoi de football ‘Umusambi’ et la course ‘Umusambi Gravel Race’.

Un espace de travail permanent pour les coopératives

Pour les femmes bénéficiaires de cette nouvelle infrastructure, le centre devrait contribuer à résoudre l’un des principaux problèmes auxquels elles étaient confrontées auparavant: le manque d’un espace de travail adapté et permanent.

Yvette Uzarama, présidente de Miyove Sewing Women Cooperative, qui compte 30 membres issues des secteurs de Miyove et Nyankenke, a expliqué que la coopérative travaillait auparavant dans un bâtiment mis temporairement à sa disposition par le district.

Les femmes font des activités génératrices de revenus

Cette situation perturbait parfois leurs activités lorsque le bâtiment devait être utilisé pour des réunions ou d’autres activités.

“Ici, nous pourrons travailler tous les jours et à tout moment, sauf lorsqu’il n’y a personne dans les locaux”, a-t-elle déclaré.

La coopérative a été créée par des femmes qui ont commencé à travailler ensemble, après avoir terminé leurs études en 2024. Elle dépendait initialement de petites commandes, mais s’est progressivement développée, avec l’appui de la RWCA pour accéder à de nouveaux marchés.

Uzarama a indiqué que la coopérative dispose actuellement d’une épargne d’environ 1,5 million de francs rwandais, tandis que la valeur de ses équipements porte ses actifs à environ 2,2 millions de francs.

Elle a souligné que le développement de la coopérative est désormais étroitement lié à la protection du marais de Rugezi.

“Notre objectif est de continuer à travailler et à nous développer tout en évitant les activités qui dégradent le marais de Rugezi”, a-t-elle conclué.

De son côté, Elina Rukundo, présidente de Dukunde Umurimo Twiteze Imbere Rugezi Cooperative, a expliqué que ses 14 membres travaillaient auparavant individuellement depuis leurs domiciles, avant d’être regroupées au sein de la coopérative.

La coopérative fabrique des objets décoratifs tissés et d’autres produits artisanaux, dont la commercialisation bénéficie également de l’appui de la RWCA.

Rukundo a expliqué que sa perception de l’importance du marais de Rugezi avait évolué au fil du temps.

Elle a rappelé qu’autrefois, des habitants récoltaient de l’herbe et faisaient paître leur bétail dans le marais, tandis que certaines personnes chassaient également les grues couronnées et ramassaient leurs œufs.

Selon elle, les actions de sensibilisation à la conservation ont contribué à faire évoluer ces pratiques.

“Aujourd’hui, je ne peux plus aller là-bas pour le détruire, car j’ai appris que le marais de Rugezi abrite différentes espèces et qu’il est important pour nous”, a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté que la zone humide attire également des touristes, ce qui offre aux communautés locales la possibilité de tirer profit de leur présence en leur vendant leurs produits.

Un potentiel pour le tourisme

Le gouverneur Mugabowagahunde, a déclaré que le nouveau centre pourrait également contribuer au développement du tourisme à Miyove, et dans l’ensemble du district de Gicumbi.

Le gouverneur de la Province du Nord, Maurice Mugabowagahunde

Il a indiqué que les voyageurs empruntant la route Base-Gicumbi-Nyagatare, disposaient auparavant de peu d’endroits pratiques où s’arrêter pour se restaurer et accéder aux services publics.

“Avec ce projet, nous disposons désormais d’un café et d’un endroit où les voyageurs peuvent acheter les produits fabriqués par ces femmes”, a-t-il déclaré.

Il a ajouté que les autorités provinciales poursuivraient leur collaboration avec la RWCA, dans les domaines de la conservation et du développement communautaire, notamment à travers la plantation d’arbres et l’aménagement de terrasses sur les collines entourant le marais de Rugezi.

La province travaille également avec les institutions concernées sur des projets visant à transformer le marais de Rugezi en parc national, parallèlement à des recherches sur sa biodiversité.

Selon Mugabowagahunde au micro de Top Africa News, ces initiatives s’inscrivent dans des efforts plus larges visant à renforcer le tourisme dans la Province du Nord, tout en veillant à ce que les communautés vivant autour des écosystèmes protégés, bénéficient elles aussi de leur conservation.

L’importance écologique du marais

Cet investissement communautaire intervient alors que de nouvelles données, sur la biodiversité mettent en évidence l’importance écologique du marais de Rugezi.

Une récente étude sur la biodiversité menée par la RWCA, a recensé 741 espèces dans le marais, dont 472 qui n’y avaient jamais été répertoriées auparavant.

L’étude a identifié 197 espèces végétales, 134 espèces d’oiseaux et 53 espèces de mammifères, dont 22 espèces de chauves-souris.

La zone humide constitue également un habitat important pour la grue couronnée, une espèce devenue l’une des principales priorités des efforts de conservation menés à Rugezi.

Les données de la RWCA montrent que le nombre de grues couronnées recensées dans le marais, est passé de 71 en 2017 à 378 en 2026.

Ce dernier recensement signifie que le marais de Rugezi, abrite désormais plus d’un quart de la population totale de grues couronnées du Rwanda.

Jean Claude Munyantore

 

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